janvier 25

Comment métamorphoser vos blessures intérieures

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Avez-vous remarqué que tout ce qui est essentiel dans la vie se joue d’abord dans notre vie intérieure ? Ainsi en est-il de nos convictions, de nos choix, de nos engagements…


Pourtant, notre intériorité souffre. En témoignent notre dépendance aux écrans pour pallier la solitude, notre stress devenu parfois une seconde nature, ou encore la fréquence tangible autour de nous des dépressions et des burn-out…


Souvent, nous excusons notre déséquilibre intérieur en nous référant à notre environnement extérieur rempli de confusion. La cause de notre souffrance n’est-elle tout simplement pas notre époque elle-même, caractérisée par les crises en tout genre (économiques, sociales, politiques, écologiques, sanitaires, etc.) ?


Il semblerait pourtant que non... Dans un ouvrage passionnant, "Prenez soin de votre âme : petit traité d'écologie intérieure", le psychanalyste et biologiste Jean-Guilhem Xerri nous conseille de marcher sur les pas de ces véritables « médecins de l’intériorité » qu’étaient…les Pères du désert.

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Dès les premiers siècles du christianisme, ils ont eu à cœur de se pencher sur les maladies de l’âme de leurs contemporains, et de leur délivrer une précieuse « pharmacie » de l’âme.


Dans ce premier article, je vous parlerai, pour ma part, des blessures intérieures, et de la manière dont vous pouvez les guérir, et même les métamorphoser.

Comment mieux comprendre les blessures de votre âme et leur impact sur votre vie


Qu'est-ce qu'une blessure de l'âme ?

Nous avons tous vécu des épreuves au cours de notre vie, et ressenti des souffrances occasionnelles liées à des moments désagréables. Pour autant, nous n’avons pas toujours été « blessés ». 


A la différence d’une souffrance occasionnelle qui passe, la blessure implique non seulement la souffrance éprouvée à un instant « t » mais aussi d’autres souffrances ultérieures, profondes, enracinées, qui sont entretenues par la mémoire traumatique de la souffrance passée.


L'instant "t" peut être bref ou s’étendre sur plusieurs années ; il peut consister en un événement traumatique ou en un « sentiment ». Pour exemple, il peut s’agir d’un viol ou d’un accident de voiture ; ou encore d’un sentiment de trahison ou d’un sentiment de rejet vécu dans l’enfance (à tort ou à raison).


Il est commun en psychologie contemporaine (suite aux recherches de John Pierrakos puis de Lise Bourbeau) de relever cinq blessures de l’âme : le rejet, l’abandon, l’humiliation, la trahison et l’injustice.


Lorsque l’âme est blessée, chacun de ces sentiments éprouvé, ressenti, à un instant « t » va être réactivé, et ce de façon disproportionnée, dans d’autres circonstances ultérieures de la vie.


Prenons l'exemple suivant : vous avez éprouvé un sentiment d’abandon et de rejet de l’un de vos parents lorsque vous étiez enfant.


Des années plus tard, vous candidatez à un poste que vous n’obtenez pas. Vous réactivez alors votre sentiment d’abandon, mais cette fois avec encore plus d’intensité. La blessure devient triple : blessure de rejet, d’abandon, d’injustice. Pourtant, l’employeur ne vous connaissant pas, il y a plutôt lieu de penser qu’il ne vous a pas sélectionné en se basant sur des critères objectifs liés au poste à pourvoir.

"C'est toujours dans la confrontation à un événement existentiel que nous sommes blessés. (...) La blessure apparaît comme une brisure entre notre aspiration profonde à vivre pleinement et la réalité existentielle qui peut nous meurtrir."

- PÈRE PHILIPPE DAUTAIS (prêtre orthodoxe), 

Si tu veux entrer dans la vie : thérapie et croissance spirituelle,Editions Nouvelle Cité, 2013.

Les conséquences sur votre vie

Les blessures que vous cherchez à nier et à enfouir en vous ont des répercussions négatives sur votre vie :

  • des difficultés relationnelles ;
  • des ruminations mentales (flux continu de pensées négatives) ;
  • une mauvaise gestion des émotions (colère, anxiété, etc.) ;
  • des maladies psycho-somatiques ;
  • mais aussi une limitation de votre élan vital, de votre engagement et de la fécondité de votre vie  ;

Elles jouent ainsi un rôle majeur dans votre vie, même si vous n'en êtes pas toujours conscient.

Mais est-on vraiment libre face à ses blessures ?...  


Quel espace de liberté ?

Le Père catholique Pierre-Marie Castaignos différencie la blessure du péché. Dans le cas du péché, l’homme se détourne volontairement de Dieu et de son Amour pour lui préférer un bien inférieur (Catéchisme de l’Eglise catholique, &1855). En revanche, la blessure est involontaire et celui qui l’éprouve n’a donc pas à la « confesser » au même titre qu’un péché.


Pour autant, il existe, selon le Père Castaignos, un lien entre les deux. En effet, si je ne suis pas responsable de ma blessure, je suis en revanche responsable de ce que j’en fais. 


Est-ce que je choisis de recourir à des moyens humains et spirituels pour en guérir ? Ou au contraire est-ce que je me résigne à vivre avec, et donc à me livrer à des actes désordonnés ou de compensation ?


Par les actes de « compensation », le Père Castaignos entend tous les refuges que nous nous créons pour « compenser » la non-plénitude de notre âme blessée : consommation de sucreries, d'Internet, des réseaux sociaux, d’alcool, de drogues, etc.


Même « blessés », nous sommes toujours libres de poser un choix.

"Ce n'est pas parce que tu es blessé que tu ne peux pas porter de fruits.

Aie foi que tu peux rayonner par la grâce de Dieu".

- Père pierre-marie Castaignos (prêtre catholique)

Extrait d'une conférence en ligne sur Youtube, "Les blessures de l'âme".

Comment sortir du cercle vicieux de vos blessures

Nous le savons de plus en plus grâce à la psychologie cognitive, au développement personnel ou encore au coaching : tout se joue dans nos pensées ![1]Si vous ne connaissez pas la psychologie cognitive, retenez simplement que nos « cognitions » sont nos pensées et que la thérapie cognitive repose sur cette idée : ce n’est pas le monde … Continue reading


Il est donc nécessaire, pour sortir du cercle vicieux des blessures, de travailler sur vos pensées, et ce en trois étapes :

  • une prise de conscience ;
  • un engagement dans le processus de votre guérison ;
  • une réécriture constructive de votre histoire où la blessure est reconsidérée positivement, comme le moteur même de votre croissance.


Une prise de conscience

Qui êtes-vous ?

Posez-vous tout d’abord ces questions : qui êtes-vous ? Vous assimilez-vous à votre blessure ? Est-ce que votre blessure résume tout ce que vous êtes ? Ou bien avez-vous conscience qu’il est temps de procéder à une désidentification ? Le fait d’affirmer que « je suis plus que cette blessure » devrait déjà diffuser en vous un premier sentiment de liberté.


Vous êtes aussi un être en devenir et non pas figé à un instant « t » (celui de votre blessure initiale). Comme l’explique le Père Dautais à propos du premier chapitre de la Genèse (verset 26-27), l’Adam a été créé à l’image de Dieu « en vue de la ressemblance qui est l’actualisation consciente de l’image ». Autrement dit, nous avons été créés « à l’image de Dieu » pour accéder à la ressemblance, ce, en prenant pour modèle l’unique ressemblance parfaite qu’est le Christ.


Cette ressemblance est en cours de réalisation (si vous vous y engagez consciemment), en attente de son plein accomplissement qui se produira lors de la glorification de nos corps ressuscités en Christ[2]La question du passage de l’image à la ressemblance est centrale dans l’orthodoxie. Voir notamment St Irénée de Lyon dont la catéchèse pourrait, en quelques mots, se résumer ainsi : … Continue reading.


Le danger, en dressant un mausolée à votre blessure, est de vous enfermer dans une vision figée de vous-même, qui plus est réduite à une « victime » n’ayant aucune prise sur sa vie. Vous faites ainsi obstacle à la grâce de Dieu, et donc à la réalisation de cette « ressemblance » avec Dieu, seule à pouvoir vous rapprocher de la plénitude et de la libération de vos esclavages. Quel cercle non vertueux !...


Pulsions de mort versus "résilience"

Une étape importante dans le chemin de guérison est également la prise de conscience des « pulsions de mort » qui nous habitent, et qui entretiennent le mausolée dressé à nos blessures : victimisation ou au contraire déni de la blessure et de ses conséquences ; dévalorisation de soi ; découragement ; démission ; etc.


Il est tout aussi nécessaire, à l’inverse, d’être conscient de sa «résilience», c’est-à-dire de sa formidable capacité à rebondir, à continuer de vivre et de se développer suite à un traumatisme[3]Pour aller plus loin dans la compréhension de la résilience, se reporter aux travaux du neuropsychiatre Boris Cyrulnik..


La seule question dès lors à se poser est celle de Jésus aux malades qui s'approchent de lui.

"Veux-tu guérir ?"

(...)

"Lève-toi, prends ton grabat et marche".

- jésus à un homme infirme 

Evangile de Jean, 5 : versets 6-8


Et vous, voulez-vous guérir ? Si oui, dites-le à Jésus et mettez-vous en mouvement.


Nul homme n'est une île

La dernière prise de conscience peut paraître anecdotique dans notre société individualiste. Pourtant, elle est essentielle dans le chemin de conversion et donc de guérison. «Nul homme n’est une île, un tout en soi», disait le poète et prédicateur anglais John Donne (1572-1631)[4]“No man is an island, entire of itself”, extrait de la Méditation XVII de Devotions upon Emergent Occasions (1624) de John Donne..


Le Père Dautais a aussi cette belle formule : « Ce qui porte atteinte à un être humain se répercute dans l’entière humanité. Nous participons tous de la même humanité, de la même chair (Isaïe 58,7), « nous sommes membres les uns des autres » (Ephésiens 4, 25).


Les conséquences de votre blessure ont un impact sur l'humanité. De façon plus positive, votre résilience a aussi un formidable impact. Vous devenez un modèle pour d’autres, en témoignant que les forces de vie peuvent l’emporter sur les pulsions de mort. Voulez-vous devenir ce modèle inspirant pour les autres ?...


Si tu veux entrer dans la vie

Dans le Deutéronome, Dieu instruit Moïse d'une façon étonnante. Il lui dit :

"J'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie afin de vivre, toi et ta descendance, en aimant l’Eternel, ton Dieu, en lui obéissant et en t’attachant à lui. Oui, c’est de lui que dépendent ta vie et sa durée, et c’est ainsi que tu pourras rester dans le pays que l’Eternel a juré de donner à tes ancêtres Abraham, Isaac et Jacob."

- Dieu à moïse

Deutéronome 30 : 19-20


Lorsque nous sommes blessés dans notre âme, les pulsions de mort que sont le ressentiment, le désir de vengeance, la dévalorisation de soi voire l’autodestruction, peuvent rapidement engendrer un « cycle infernal de l’endurcissement du cœur », et nous entretenir dans « l’enfer des ruminations mentales »[5]Expressions du Père Philippe Dautais (2013 : p. 76 et 157)..


Au contraire, le « oui à la vie » inaugure un chemin de transformation et de guérison. Poussé jusqu’au bout, il aboutit au pardon de ses ennemis et donc à la rupture de la logique mortifère de la violence. S'il n'y a plus d'ennemis, il n'y a plus non plus de combat.


La pasteur évangélique Joyce Meyer utilise cette expression forte de     «libérer ses ennemis» dans le processus du pardon. Abusée sexuellement pendant son enfance, elle raconte avoir été définitivement guérie le jour où elle a « libéré son ennemi » de sa haine en lui pardonnant...[6]L’expression « libérer ses ennemis » est utilisée par Joyce Meyer dans son livre « Guérir l’âme d’une femme : comment surmonter vos blessures émotionnelles », 2018 : 78.


A propos de Nelson Mandela, un journaliste ayant assisté à sa sortie digne et élégante de prison (après vingt-sept années d’emprisonnement), raconte son entretien avec lui quelques années plus tard.

"-N'étiez-vous pas alors encore en colère ?

-Oui, j'étais en colère et j'avais un peu peur. Néanmoins, je voulais être LIBRE, alors j'ai lâché prise".

- nelson mandela à un journaliste

Rapporté par Joyce Meyer in "Guérir l'âme d'une femme" (2018).


Ces histoires vraies de deux personnes ayant transcendé leurs blessures nous rappellent l’importance du pardon dans le chemin de guérison.


De la cause à la grâce : une réécriture positive de votre histoire

Un autre pas important dans le chemin de guérison est de passer d’un discours victimaire (« à cause de ma blessure ») à une verbalisation de la grâce… Grâce à ma blessure, j’accède à une nouvelle compréhension de la vie et de moi-même[7]Je me réfère à une réflexion du Père Dautais suite à l’observation d’un de ses amis thérapeutes (2013 : 118)..


Essayons ensemble… Grâce à ma blessure, j’inaugure une nouvelle relation à Dieu. 


En situation d’extrême vulnérabilité, il y a deux réponses possibles : soit celle d’Adam et d’Eve qui, découvrant qu’ils sont « nus », se cachent du regard de Dieu. Soit au contraire, celle adoptée par Job, de se rapprocher de Dieu et de tout lui abandonner.


En donnant à Dieu le Père votre cœur brisé, vous lui abandonnez toutes vos angoisses, vos culpabilités et votre honte, vos complaisances avec vos émotions négatives et vos luttes intérieures. Vous allez découvrir qu’il est le meilleur maître kintsugi qui soit. A propos, connaissez-vous cet art japonais[8]Art japonais consistant à réparer un objet brisé en soulignant ses fissures avec de l’or au lieu de les masquer. Se reporter par exemple à l’ouvrage de Céline Santini « Kintsugi », … Continue reading?...


Grâce à ma blessure, j'inaugure aussi une relation nouvelle avec mon prochain. Comme dit magnifiquement le Père et écrivain catholique Stan Rougier :

"Tes blessures peuvent devenir des fenêtres qui t'ouvriront sur les tourments de tes frères".

- Père Stan rougier

Cité par le Père Dautais, 2013 : 119.


De victime repliée sur vous-même, vous devenez un acteur de compassion et de paix pour l’humanité. Vous décidez de ne plus stagner à l’endroit de votre souffrance, et ainsi de ne pas priver vos frères de ce que Dieu veut accomplir par votre intermédiaire.


Votre "métanoïa" (mutation intérieure) est une belle aventure !


Comment métamorphoser vos blessures

Un nouveau regard sur la vie et sur soi

Nous l'avons dit, tout se joue dans nos pensées ! La métamorphose de vos blessures va donc s’opérer premièrement… dans vos pensées.


La métanoïa comme mutation intérieure va vous conduire à renouveler votre regard sur la vie, à adopter une nouvelle perspective. Maladie, accidents, blessures deviennent alors des occasions de croissance spirituelle[9]Philippe Dautais, 2013 : 8.


Vos blessures vous invitent aussi à un nouveau regard sur vous-même, empreint d’humilité. C’est un peu comme « l’aiguillon » qui tiraillait l’apôtre Paul, et qui a donné lieu à de nombreuses interprétations théologiques. Celle que nous préférons a été donnée par Dom Paul Delatte, troisième abbé de Solesmes :

L'Apôtre a parlé en termes tels qu'on s'est demandé quelle était la nature de son épreuve, et le procédé dont le Seigneur avait usé pour le maintenir dans l'humilité. Le vague de l'expression a prêté à diverses hypothèses : tentations de blasphèmes, remords de sa vie d'autrefois ; Cassien a songé à une tentation de la chair, et a été suivi dans l'Eglise latine ; l'Eglise grecque a cru voir ici l'opposition acharnée qu'a rencontrée l'Apôtre.


Il nous semble qu'il s'agit plutôt d'un malaise ou d'une souffrance physique qui lui imposait un repos forcé, et mettait un frein douloureux et humiliant aux ardeurs de sa puissante nature. Il y a été fait allusion déjà lors de la première expédition apostolique, entreprise de concert avec saint Barnabé. C'est au milieu des accès d'un mal périodique que l'Apôtre, abattu, a demandé par trois fois la cessation de l'épreuve.


Sans doute il a fait valoir auprès du Seigneur qu'il ne sollicitait la santé que dans l'intérêt du Seigneur lui-même ; et qu'après tout, c'était la prédication de l'Evangile et l'efficacité du ministère apostolique qui souffraient de son infirmité. Mais le Seigneur ne s'est pas rendu à ce plaidoyer. Non, a-t-il répondu, non, vous n'avez pas besoin de la santé ; vous avez besoin seulement de la grâce et de la force qui vous vient de moi. Ma puissance sera plus visible dans la faiblesse de l'instrument.


J'ai bien compris, dit l'Apôtre, la réponse de mon Dieu. Dieu a besoin de ma misère : bénie soit ma misère ! Je me réjouirai de mon infirmité, puisque par elle éclatera en moi la vertu de Dieu. Si le succès de l'Evangile est en raison du néant et de l'infirmité de ses prédicateurs, j'ai de quoi m'enorgueillir : et finalement, je ne me réjouis et ne me glorifie que des infirmités, des outrages, des souffrances, des persécutions, de toutes les détresses que je supporte pour le Seigneur.


La condition de ma force, c'est ma faiblesse même.

Dom Paul Delatte, Les Epîtres de Saint Paul replacées dans le milieu historique des Actes des Apôtres. Imprimatur 1938. Editions Maison Mame-Tours. Tome I, pp. 478-479

Ainsi, nos blessures sont là pour que nous ne puissions pas nous enorgueillir. Elles nous rappellent notre vulnérabilité. C’est dans cette vulnérabilité même que nous nous (re)découvrons fils/fille du Père et frère/sœur du Crucifié.


Enfin et paradoxalement, les blessures invitent à considérer aussi ce qui va bien dans nos vies et qui est sujet de gratitude. C’est dans cette démarche même de gratitude, de reconnaissance, de joie que vous puiserez les sources nécessaires pour votre guérison puis votre accomplissement.


L'art de la patience

Guérir et sublimer vos blessures ne va pas se faire en un jour. L’art japonais du kintsugi nous offre à ce propos une belle métaphore de la résilience, comme processus demandant de l’implication et de la patience.

Dans le kintsugi, l’objet cassé est soigné puis honoré. Il devient alors plus beau et plus précieux qu’avant le choc. Le processus de restauration, long et précis, se déroule en plusieurs phases, sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Etapes sommaires du kintsugi
Etape 1
01

Les éclats de l'objet cassé sont réunis puis nettoyés.

Etape 4
04

Les fissures de l'objet sont soulignées de couches de laques successives.

Etape 2
02

Ils sont recollés avec une laque traditionnelle.


Etape 5
05

Les fissures de l'objet sont saupoudrées d'or.


Etape 3
03

L'objet est mis à sécher puis poncé.

Etape 6
06

Elles sont finalement polies. L'objet peut révéler tout son éclat!


Le kintsugi s’inscrit dans la pensée japonaise du « wabi sabi » invitant à reconnaître la beauté qui réside dans les choses simples, imparfaites et atypiques. Le wabi sabi invite ainsi à l’humilité et au détachement par rapport à la perfection.


Vous pouvez vous inspirer de la philosophie du kintsugi et du wabi sabi tout au long de votre processus de guérison et de restauration. Les principales phases de votre propre « kintsugi » pourraient être les suivantes :

Principales étapes de "votre" kintsugi
etape 1
Acceptez

Acceptez ce qui ne peut être changé, et prenez conscience de la douleur qui vous brise. Reconnaissez à cette douleur son existence, ne la niez pas.

etape 2
Faites un choix

Faites le choix de la vie (comme Moïse dans le Deutéronome). Rappelez-vous que vous êtes le/la bien-aimé(é) du Père. Remettez-Lui votre blessure. Prenez la décision de guérir.

etape 3
Faites-vous aider

Faites-vous aider en recourant à la fois aux moyens humains (psychothérapie) et spirituels (accompagnement spirituel, vie sacramentelle régulière, coaching chrétien).

etape 4
Engagez-vous

Engagez-vous pleinement dans le processus de votre guérison. Ecrivez par exemple un journal de bord de votre évolution ; priez pour votre guérison…et pour vos éventuels ennemis qui ont causé votre blessure ; bénissez-les souvent.

etape 5
Prenez du recul

Réassemblez le puzzle de votre vie, prenez du recul, reconnectez-vous à votre être profond.

etape 6
Contemplez

Au terme de votre guérison, saupoudrez d’or vos lignes de faille. Reconnaissez comme l’apôtre Paul que votre faiblesse est justement votre force. Contemplez-vous dans votre unité, portant avec noblesse vos cicatrices d’or, et rendez grâce à Dieu pour votre croissance spirituelle en Lui.

Caïn versus Elisabeth : à vous de choisir !

Dans la Bible, beaucoup de personnages ont vécu des blessures. Deux d’entre eux notamment nous offrent des parcours de vie opposés, par le choix qu’ils ont posé vis-à-vis de leurs blessures. Je vous propose, pour conclure, de nous pencher sur leurs cheminements respectifs.


Il s’agit de Caïn dans la Genèse (fils d’Adam et d’Eve, et frère d’Abel), et d’Elisabeth dans le Nouveau Testament (femme de Zacharie, et mère de Jean-Baptiste le Précurseur).


Caïn

Nous ne connaissons rien de l’enfance de Caïn, et de la façon dont il s’est construit émotionnellement. L’épisode fondateur de sa vie commence sur une anecdote : celle de l’offrande spontanée à l’Eternel du fruit de ses récoltes, tandis que son frère Abel, offre, quant à Lui, les «premiers-nés de son troupeau». (Genèse 4 : 3-4)


Yahvé ne se comporte pas comme attendu (par notre logique humaine). Il accepte le sacrifice d’Abel, mais pas celui de Caïn.


Caïn ressent une vive blessure, probablement triple : blessure de rejet, d’humiliation et d’injustice. Le verset 5 nous donne un concentré de ses sentiments :

Et Caïn fut très irrité, et son visage fut abattu.

- genèse, 4 : 5

Tableau ci-contre : Caïn maudit, de Joao Maximiano Mafra

 

Yahvé lui donne la clé pour guérir de sa blessure et avancer, en lui parlant personnellement (au verset 7). 


Mais Caïn ne parvient pas à surmonter sa frustration. Sa réaction est immédiate et tient en un verset (le verset 8).


L’exégète Thomas Römer traduit ainsi le verset 8 : « Caïn dit à son frère Abel… », et il explique que Caïn ne prononce ensuite aucune parole. Caïn avait donc l’intention de parler à son frère mais il n’y est pas parvenu[10]Thomas Römer est un exégète et bibliste suisse, d’origine allemande, titulaire de la chaire « Milieux bibliques » au Collège de France..


Les conséquences de sa triple blessure sont désastreuses puisqu’elles débouchent sur le premier meurtre et fratricide. 


Elles se poursuivent sur les générations suivantes, notamment sur Lémec, qui se vante précisément d’avoir tué un homme à cause de sa « blessure ».

Et Lémec dit à ses femmes : Ada et Tsilla, écoutez ma voix ; femmes de Lémec, prêtez l’oreille à ma parole : Je tuerai un homme pour ma blessure, et un jeune homme à cause de ma meurtrissure ; si Caïn est vengé sept fois, Lémec le sera soixante-dix-sept fois.

Genèse 4 : 15

La blessure de Caïn s’était pourtant ouverte sur un mensonge : celui que Dieu le rejetait personnellement, en n’agréant pas son offrande. Or, alors même que Caïn est devenu un meurtrier, Yahvé lui témoigne de son amour et de sa miséricorde infinis. Avec le signe que Celui-ci appose sur Caïn et qui le protègera de toute vengeance, nous apprenons que même la vie d’un meurtrier est sacrée… (Genèse 4 : 15).


Elisabeth

Elisabeth, future mère de Jean-Baptiste, a, quant à elle, vécu une intense blessure intérieure, et ce sur plusieurs décennies. Pourtant, à l’opposé de Caïn, elle a choisi de guérir de sa blessure…et elle l’a même métamorphosée. 


L’Evangile de Luc s’ouvre sur le récit de Zacharie et d’Elisabeth. Nous y apprenons qu’ils étaient tous deux « justes devant Dieu », « marchant dans tous les commandements et dans toutes les ordonnances du Seigneur, sans reproche ». (Luc 1 : 6)


Pourtant, Elisabeth est stérile, et tous deux sont avancés en âge. La stérilité de la femme est à cette époque un motif légal de répudiation, et un sujet de honte au niveau familial et local[11]La stérilité, dans la Bible, est toujours attribuée à la femme. De nombreuses femmes ont vécu ce drame avant de mettre au monde un prophète. La stérilité est rarement une punition (comme elle … Continue reading


A la différence d’Anne, future mère de Samuel, surprise dans sa longue prière de supplication par le prophète Elie (1 Samuel 1), les Ecritures ne nous parlent pas de la prière d’Elisabeth. On peut imaginer qu’elle avait fini par se résigner à son triste sort de « femme stérile ».


Après la révélation faite à son époux Zacharie, Elisabeth conçoit enfin. Nous apprenons au même verset (Luc 1 : 24) qu’elle se cache alors cinq mois… La double blessure de rejet et d’humiliation qu’Elisabeth a vécue pendant des décennies n’est toujours pas cicatrisée.


Pourtant, Elisabeth continue de cheminer dans le processus de guérison de sa blessure. Déjà, elle loue le Seigneur d’avoir « ôté » son « opprobre parmi les hommes » (Luc 1 : 25).


C’est toutefois seulement lors de l’épisode de la Visitation qu’Elisabeth est totalement guérie de sa blessure. Lorsqu’elle entend la salutation de Marie, son enfant tressaille dans son ventre, et elle est aussitôt « remplie de l’Esprit Saint ». Son chant est tout tourné vers la mère du Rédempteur. Elle n’est plus recroquevillée sur sa propre souffrance. Elle a même tellement magnifié sa blessure qu’elle est la première personne (ou plutôt la deuxième après son fils in utero) à reconnaître Marie comme « bénie entre toutes les femmes ».

Tu es bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de tes entrailles !

D'où m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi?

- Elisabeth à marie

Evangile de Luc (1 : 42).

Détail ci-joint du tableau de Philippe de Champaigne, "La Visitation".

Quelques mois plus tard, elle se libère même du regard d’autrui et de sa réputation auprès des parents et du voisinage. A la circoncision de son enfant, elle s’oppose à la volonté familiale d’appeler l’enfant « Zacharie », comme son père. Elle prend la parole et dit : « Non, il sera appelé Jean » (Evangile de Luc, 1 : 58 : 60). Elle a désormais un cœur libre, tout à Dieu !


Elisabeth est le parfait exemple d’une restauration réussie suite à une vive blessure de l'âme. Si vous vivez actuellement avec une blessure, vous pouvez prendre Elisabeth comme compagne de route pour vous affranchir de la honte, de la culpabilité et laisser le Christ restaurer votre âme.


Conclusion

Discernement, décision, combat intérieur, prière et bénédiction des ennemis : le chemin de guérison et de métamorphose de ses blessures est une voie étroite !


Mais avec Dieu, tout est possible. N’est-Il pas Lui-même «un Dieu blessé» ? Pourtant, de Son cœur transpercé ont jailli des sources de vie éternelle pour nous... Dans ses blessures, nous révèle le prophète Isaïe, nous trouvons la guérison ! (Esaïe 53 : 5) 


Je vous souhaite d’entrer dans cette dynamique de guérison, de croissance et d’accomplissement spirituel, chemin assuré vers la plénitude et le bonheur.


Ayez foi en votre formidable capacité à rayonner…au-delà même de ce que vous imaginez possible !


Voici quelques questions que vous pouvez vous poser, après avoir lu cet article. Vous pouvez commencer par exemple un journal dédié à votre accomplissement spirituel et y noter vos réflexions :

  • Comment comptez-vous faire de votre blessure un lieu de fécondité ?
  • Comment vos blessures peuvent-elles devenir des fenêtres sur les tourments de vos frères ?


Merci pour votre lecture ! Vous pouvez partager vos réflexions et témoignages dans les commentaires (suite aux notes de bas de page), et vous inscrire à la Newsletter si ce n'est déjà fait. Vous disposez aussi de boutons de réseaux sociaux afin de faire suivre cet article.


Pour du coaching chrétien personnalisé, contactez-moi. 

Notes

1 Si vous ne connaissez pas la psychologie cognitive, retenez simplement que nos « cognitions » sont nos pensées et que la thérapie cognitive repose sur cette idée : ce n’est pas le monde extérieur qui est la cause de nos émotions et de notre humeur, mais la représentation que l’on s’en fait. Ainsi, nous observons le monde extérieur ; puis, nous interprétons les événements sous la forme d’un « dialogue intérieur » ; enfin, nos émotions sont engendrées par nos pensées, et non pas par les événements eux-mêmes. La thérapie cognitive a donc pour but de travailler sur nos cognitions et nos schémas mentaux, en vue d’une guérison.
2 La question du passage de l’image à la ressemblance est centrale dans l’orthodoxie. Voir notamment St Irénée de Lyon dont la catéchèse pourrait, en quelques mots, se résumer ainsi : l’homme est en devenir. Il surgit dans une condition d’inachèvement. Par une réponse libre et aimante à l’appel de Dieu pour entrer dans la Nouvelle Alliance, il choisit de croître et de mûrir à la suite du Christ. Il s’agit d’un processus de « promotion-alliance » par lequel l’homme se laisse librement façonner par Dieu pour accéder à sa ressemblance. (Pour plus d’informations, se reporter à l’article de Jean-Gaston Bardet « La pédagogie divine d’après Saint Irénée de Lyon », consulté sur Internet).
3 Pour aller plus loin dans la compréhension de la résilience, se reporter aux travaux du neuropsychiatre Boris Cyrulnik.
4 “No man is an island, entire of itself”, extrait de la Méditation XVII de Devotions upon Emergent Occasions (1624) de John Donne.
5 Expressions du Père Philippe Dautais (2013 : p. 76 et 157).
6 L’expression « libérer ses ennemis » est utilisée par Joyce Meyer dans son livre « Guérir l’âme d’une femme : comment surmonter vos blessures émotionnelles », 2018 : 78.
7 Je me réfère à une réflexion du Père Dautais suite à l’observation d’un de ses amis thérapeutes (2013 : 118).
8 Art japonais consistant à réparer un objet brisé en soulignant ses fissures avec de l’or au lieu de les masquer. Se reporter par exemple à l’ouvrage de Céline Santini « Kintsugi », Editions First, 2018.
9 Philippe Dautais, 2013 : 8.
10 Thomas Römer est un exégète et bibliste suisse, d’origine allemande, titulaire de la chaire « Milieux bibliques » au Collège de France.
11 La stérilité, dans la Bible, est toujours attribuée à la femme. De nombreuses femmes ont vécu ce drame avant de mettre au monde un prophète. La stérilité est rarement une punition (comme elle l’a été par exemple pour Mical, première épouse de David, frappée de stérilité pour s’être moquée de son époux).

Aliénor Strentz


Fondatrice du blog "Chrétiens heureux".

Aliénor Strentz

  • Merci pour ce très bel article. Je crois aussi que la thérapie est liée, soumise, aux lois de Dieu et l’Esprit est en chaque être. Nommer ses blessures, c’est déjà les quitter un peu puis la parole biblique nous aide à vivre notre pâque jusqu’à notre résurrection.
    Jean 5 : 6-8 résonne parfaitement dans ce chemin

    • Merci pour votre commentaire ! Plus encore que nommer les blessures, c’est la démarche de pardon qui permet d’accéder à une complète libération et à la joie parfaite. “Entre dans la joie de ton Seigneur”, nous rapporte l’évangéliste Matthieu (25,21). Entres-y libre de toute rancoeur, de tout ressentiment. On peut aussi se reporter à la prière fondatrice du “Notre Père” : “pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés”. Bonne avancée sur ce chemin libérateur, conduit par le souffle de l’Esprit Saint !

  • Aider à découvrir que marcher avec Dieu, arpenter les parvis de l’intériorité, consentir à laisser transformer sa vie par la puissance de l’Evangile, est possible. S’émerveiller jour après jour de découvrir combien chaque instant de notre vie trouve sens dans l’amour infini et infini de Jésus-Christ “pour moi” (y inclus toute souffrance, c’est tout le mystère de la Croix) et partager cette émerveillement… voilà le challenge inouï d’Aliénor !

    Un chalenge qui atteste d’une belle vitalité intérieure et comment le nier, d’une grâce toute particulière, preuve s’il en était besoin de l’authenticité de la démarche !

    Sur le fond de ce billet :

    Même si l’art japonais du kintsugi, ici convoqué au titre de métaphore de la résilience, me semble moins éloquent que les très salutaires citations bibliques qui émaillent les conseils d’Aliénor Strenz, j’encourage tout un chacun à prendre connaissance de ce texte et mieux, à se laisser convaincre par son offre de coaching chrétien : Aliénor Strenz est une femme de paix et puis… POURQUOI passer à côté du bonheur ?
    Le bonheur en Jésus-Christ est une réalité dont témoignent mille et mille témoins. Tenez ! il y a deux jours (25 janvier), l’Eglise célébrait la conversion de saint Paul… A notre tour, laissons-nous surprendre par la folie de la Croix : Dieu n’attend de nous qu’une chose : CROIRE qu’il souhaite le bonheur des enfants de Dieu.

  • Un immense merci pour ce partage ! C’est un magnifique chemin de guérison qui nous est proposé. A travers ses nombreuses blessures, Van nous invite également à l’abandon et à la prière dans les situations difficiles. Je vous renouvelle tous mes remerciements

  • Très bel article, plein non seulement de foi, mais aussi de science de l’être que nous formons. Un article à relire, à l’occasion, qui peut nous donner l’envie de ne pas nous laisser submerger par nos blessures. Merci, Aliénor, pour cette contribution précieuse à vos lecteurs et pour tout le travail que cela suppose en amont.

    • Merci à vous ! Il peut être bon, comme vous le mentionnez, de le relire en réfléchissant à la façon dont on peut métamorphoser ses blessures…et porter du fruit pour le Seigneur.

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